LA VIE EST UN LONG FLEUVE TRANQUILLE (ou BIENVENUE CHEZ LES CH’TIS)

Pour son coup d’essai, le « fils de pub » Etienne Chatiliez réalise un coup de maître. Comédie sociale grinçante et réflexion drôlatique sur le déterminisme social, La vie est un long fleuve tranquille impose un ton résolument provocateur , jusque là privilège exclusif des comédies italiennes et provoque le rire en caricaturant des stéréotypes appelés à devenir partie intégrante de notre vocabulaire quotidien.

Deux tribus nordistes vivent chacune dans leur monde. Les Le Quesnoy incarnent la bonne bourgeoisie catholique, avec ses valeurs éducatives strictes et une vie bien rangée .

Les Groseille, « affreux, sales et méchants » version Ch’tis, survivent dans leur HLM , de petits larçins et d’arnaques aux aides sociales.

Ces deux univers totalement étrangers vont pourtant entrer en collision quand une lettre émanant d’une sage femme ( humiliée par son amant gynécologue, l’exellent Daniel Gélin dans son dernier rôle) révèle qu’elle a, par vengeance, inversé l’identification de deux nouveaux nés : une fille Le Quesnoy est en réalité une Groseille, tandis que Momo est un Le Quesnoy, que ceux-ci, par charité chrétienne vont adopter, l’arrachant à la perdition et à sa famille de prolos dégénérés !

Cette réflexion, en version cocasse, sur l’inné génétique et sur le poids de l’acquis sociologique et éducatif nous livre un concentré de scènes et de répliques cultes : la fratrie Groseille débauchant les petits Le Quesnoy lors d’une baignade dans un immonde cours d’eau, Momo et son supposé frère faisant l’inventaire d’un sac « emprunté » à une mamie, juchés en haut d’un terril, le fameux « lundi, c’est raviolis », saisissant concentré de la vie immuable des Le Quesnoy ou encore la chanson de patronnage, « Jésus revient », véritable hymne du film, entonné par le curé ami de la famille(l’excellent Patrick Bouchitey, confit d’onctuosité).

Le titre du film lui même , plus souvent dans sa version négative, est entré, depuis trois décennies, dans le langage courant.

Enfin, de par son énorme succés public, ce film aura eu le mérite de révéler une véritable pépinière d’acteurs de tous âges (à commencer par Benoît Magimel incarnant Momo, Catherine Jacob, césarisée dans son rôle de domestique godiche et patoisante, ou encore André Wilms appelé à devenir l’acteur fétiche de Kaurismaki)

« La vie… » aura aussi installé une région en déshérence sur la scène filmographique, ouvrant la voie aux Depleschin, Dumont et autres Belvaux qui feront du Nord-Pas-deCalais un haut lieu de la « branchitude » cinématographique française.

De ce film, Dany Boon aurait, presque, pu dire : « avec « la vie est un long fleuve tranquille », j’ai compris qu’on pouvait même faire rire avec Ch’nord » !

De Etienne Chatilliez– Avec Benoit Magimel, Daniel Gelin, Catherine Jacob– 1h35 – Comédie– 1988

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