LA ISLA MINIMA (ou NOIR FLAMENCO)

Des jolies nymphettes disparues, puis retrouvées tuées après avoir subi moult sévices, un duo d’enquêteurs, forcément contrasté !: on a vu cela cent fois et, pour donner dans la couleur locale, pas de quoi taper du pied tout en claquant dans les mains! Sauf que  » La Isla Minima » est tout sauf un banal polar et que son atmosphère glauque et oppressante ne vous lâchera pas.

Son cadre géographique et son contexte font du film d’Alberto Rodriguez une œuvre à part, qui a, bien au-delà de son triomphe espagnol, raflé les prix des festivals de film policier à l’international.

Un tableau abstrait, à moins que ce ne soit une mosaique, dont les fragments colorés commencent à s’animer au fur et à mesure que la vue aérienne se rapproche du sol : le somptueux générique plante le décor de cette tragédie andalouse.Mais nous sommes loin ici de l’Andalousie des touristes: le delta du Guadalquivir nous impose ses entrelacs de bras fluviaux, d’îles (dont « la plus petite »), de marécages, de champs et de marais salants. Ce biotope insolite et sauvage abrite toute une société archaique : grands propriétaires terriens, quasi seigneurs de droit divin, journaliers agricoles aliénés, pêcheurs et trafiquants de tabac…

Sa temporalité inscrit ce film dans l’originalité. Nous sommes au tournant de la décennie 80, encore bien loin, chronologiquement et spatialement, d’une « Movida » pourtant toute proche.

Le Franquisme imprègne encore mentalités et comportements : soumission à l’autorité, catholicisme pesant, crainte de la Guardia civil.

Nos deux enquêteurs incarnent ce moment de basculement de la dictature vers une fragile démocratie. Pedro, madrilène en exil le temps d’une mutation, idéaliste et démocrate convaincu collabore avec réticence avec Juan, flic à l’ancienne, ripoux et violent, emblématique des méthodes répressives de la police politique des années de dictature.

De ce film, couvert de Goya (les César du cinéma hispanique), Pedro Almodovar aurait, presque, pu dire : « ça manque un peu de travelos, mais cette « petite île » est tout de même un grand film ».

 

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