120 BATTEMENTS PAR MINUTE (ou PAS DE TEMPS A PERDRE)

120 battements par minute, c’est un récit bouleversant, découpé en plusieurs dimensions.

Il y a, d’abord, cette approche directe qui s’exprime dès le tout premier plan, « Bienvenue à Act Up, créé en 1989 sur le modèle d’Act Up New York. Ce n’est pas une association de soutien aux malades, mais un groupe d’activistes qui vise à défendre les droits de toutes les personnes touchées par le sida. »

C’est ainsi que commence le long-métrage, permettant aux spectateurs d’entrer dans l’histoire par le discours d’un militant, destiné aux nouveaux venus avant la réunion hebdomadaire. Dire les choses, c’est le point commun de tous les personnages, qui débattent ou s’affrontent sur les actions à mener pendant qu’on meurt du sida dans l’indifférence des laboratoires, de la société.

Certains participants sont déjà contaminés, d’autres séronégatifs. Les participants d’ACT UP sont pour la plupart homosexuels, très souvent porteurs du virus, parfois déjà malades. Ils veulent vivre et faire accélérer les recherches, secouer une société pleine de tabous sur la sexualité, qui refuse de regarder la réalité en face. Ils veulent informer, promouvoir la généralisation de l’usage du préservatif.

Comme ils n’ont pas de temps à perdre, ils mettent toute leur énergie dans ce combat. Et le soir, ils vont danser en boîte, et ils s’aiment aussi et couchent ensemble, parce que l’amour, le désir et le plaisir aident à vivre. 120 battements par minute, c’est une course contre la montre avec la maladie, une folle course entre la vie et la mort, au sens propre. Le sentiment d’urgence n’empêche pas l’humour, l’autodérision, les agressivités et les désaccords majeurs.

Le film impressionne par la fluidité de sa montée en puissance. La reconstitution des années Act Up laisse peu à peu éclore l’histoire intimiste — l’amour tragique entre Sean et Nathan. Le magnifique dernier acte, celui des adieux, m’a ému aux larmes. L’énigme de l’ange gardien Nathan, par exemple, seul personnage séronégatif qui semble ne vouloir aimer et désirer que des garçons séropositifs. Le ton du film dans les parages de la mort surprend aussi, car on arrive encore à rire, même après toute la souffrance que nous avons dû endosser avec Sean…

Des gestes concrets, domestiques, logistiques. Des décisions collectives, en famille, entre amis, entre militants… Le sida n’est pas un destin, mais un accident — comme un monologue ironique de Sean l’a rappelé. Dans les ultimes scènes, il s’agit avant tout de donner au plus vite une utilité, une résonance à la disparition absurde d’un jeune homme.

Et la fidélité à celui qui ne voulait pas mourir consiste à revivre et aimer aussitôt, sans délai de décence, ni aucun scrupule, bien au contraire. Le coup de maître de Campillo est de s’être entouré de comédiens bouleversants de réalisme, de ne jamais s’arrêter dans sa narration, même quand il s’agit de faire des interludes musicales comme celle de la boîte de nuit et l’effet visuel de la molécule infectée par le VIH.

Nous n’avons pas envie de qualifier ce plaidoyer de lutte contre le sida, et par la même occasion contre l’homophobie, de chef d’œuvre. 120 battements par minutes est juste nécessaire et obtiendra le Grand Prix Cannois 2017.

De Robin Campillo – Avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Hanael  2h20 – Drame – 2017

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